L'essentiel en 30 secondes
- Thyroïde après l'accouchement : la glande peut se dérégler dans l'année qui suit. On parle de thyroïdite du post-partum, et c'est un trouble bien identifié.
- Elle évolue souvent en deux temps : une phase d'emballement transitoire, puis une phase de ralentissement.
- Elle passe presque toujours inaperçue, parce que ses signes ressemblent trait pour trait à ceux d'une jeune maman épuisée.
- Des anticorps anti-TPO connus avant ou pendant la grossesse augmentent nettement le risque.
- La plupart du temps la fonction revient à la normale. Une partie des femmes garde une hypothyroïdie définitive, d'où l'intérêt de la repérer.
Ton bébé a quelques mois. Tu es épuisée, ton cœur s'emballe parfois, tu as perdu du poids très vite puis tu as recommencé à en prendre, tes cheveux tombent par poignées et ton moral est au plus bas. On te dit que c'est normal, que c'est le post-partum, que ça passera.
C'est peut-être vrai. Et il existe une autre explication qu'on ne cherche presque jamais.
Je suis Perrine, naturopathe spécialisée en santé féminine, et je vis moi-même avec une hypothyroïdie. Cette confusion est l'une des plus fréquentes de tout le sujet thyroïdien. Le dossier général sur la glande reprend son fonctionnement depuis le début.
Une chose avant tout : je ne suis pas médecin, et un trouble thyroïdien se diagnostique par une prise de sang, avec un médecin. Ce que je peux faire, c'est t'aider à savoir quand la demander.
Qu'est-ce que la thyroïdite du post-partum ?
C'est une inflammation de la thyroïde qui survient dans l'année qui suit l'accouchement.
Le mécanisme est immunitaire. Pendant la grossesse, le système immunitaire de la mère se met en veille partielle pour tolérer le bébé. Après l'accouchement, il se réactive, parfois avec excès, et il peut alors s'en prendre à la thyroïde.
Cette réactivation explique aussi pourquoi la période du post-partum est un moment charnière pour toutes les maladies auto-immunes, et pourquoi l'atteinte auto-immune de la thyroïde se révèle si souvent à ce moment-là.
Pourquoi évolue-t-elle en deux temps ?
C'est ce qui la rend si déroutante, et si difficile à reconnaître.
L'inflammation abîme d'abord la glande, qui libère d'un coup les hormones qu'elle avait en réserve. Cela donne une phase d'emballement transitoire, souvent entre le premier et le quatrième mois après l'accouchement.
Puis les réserves s'épuisent, et la glande abîmée peine à produire. C'est la phase de ralentissement, généralement entre le quatrième et le huitième mois.
| La phase | Quand | Ce que tu ressens |
|---|---|---|
| Emballement | 1 à 4 mois après | Palpitations, nervosité, chaleur, perte de poids rapide, insomnie, irritabilité |
| Ralentissement | 4 à 8 mois après | Fatigue écrasante, frilosité, constipation, prise de poids, moral bas, cheveux qui tombent |
| Retour à la normale | Souvent dans l'année | La fonction se rétablit chez une majorité de femmes |
Toutes les femmes ne passent pas par les deux phases. Certaines ne connaissent que l'une des deux, ce qui brouille encore les pistes.
Pourquoi passe-t-elle inaperçue ?
Parce que chacun de ses signes a une explication toute prête, et que cette explication est souvent la bonne.
Une jeune maman est fatiguée : c'est attendu. Elle dort mal : c'est le bébé. Elle perd ses cheveux : c'est la chute hormonale classique du post-partum. Elle a le moral bas : on pense au baby blues ou à la dépression du post-partum. Elle a le cœur qui s'emballe : c'est l'anxiété.
Chacune de ces explications est plausible. Prises ensemble, elles empêchent de poser une question simple : et si c'était la thyroïde ?
C'est d'autant plus dommage qu'une prise de sang tranche facilement. Deux situations méritent particulièrement d'y penser.
- Une fatigue qui s'aggrave au lieu de s'améliorer au fil des mois, alors que le bébé fait ses nuits.
- Une succession de signes contradictoires : des semaines de nervosité et de perte de poids, suivies de semaines d'épuisement et de prise de poids.
Qui est le plus concernée ?
Certains éléments augmentent nettement le risque, et ils sont connus à l'avance.
- Des anticorps anti-TPO positifs, découverts avant ou pendant la grossesse. C'est le facteur de risque le mieux identifié, et le sujet est développé sur la page consacrée aux anticorps antithyroïdiens.
- Un antécédent de thyroïdite du post-partum lors d'une grossesse précédente.
- Un terrain auto-immun personnel ou familial, diabète de type 1 notamment.
- Une hypothyroïdie fruste déjà repérée avant la grossesse.
Si l'un de ces éléments te concerne, dis-le à ton médecin ou à ta sage-femme, sans attendre que les symptômes s'installent.
Que peut-on travailler côté terrain ?
Voilà ma partie, et elle a du sens quelle que soit la cause de ta fatigue.
Les réserves d'abord. Le post-partum vide les stocks, et les carences entretiennent exactement les mêmes symptômes qu'une thyroïde fatiguée.
- Le fer, et surtout la ferritine. Souvent très basse après un accouchement, et première cause de fatigue et de chute de cheveux chez la femme. C'est aussi un cofacteur de la fonction thyroïdienne.
- La vitamine D, nécessaire à l'entrée de la T3 dans la cellule, et dont la carence favorise l'auto-immunité.
- Le zinc, sans lequel la conversion de la T4 en T3 est décrite comme impossible, et qui compte pour les cheveux et la cicatrisation.
- Le sélénium, protecteur de la glande, dont l'aliment le plus riche a sa page.
- Les protéines, qui apportent la tyrosine, squelette de l'hormone thyroïdienne, et qui manquent souvent quand les repas se prennent debout.
Le sommeil, autant que faire se peut. Je sais ce que cette phrase a d'irritant avec un nourrisson. L'objectif n'est pas de dormir huit heures, c'est de protéger ce qui peut l'être : accepter les siestes, déléguer une nuit quand c'est possible, ne pas ajouter d'écrans à ce qui reste. Le sommeil du post-partum a sa page.
Les plantes, avec une vigilance particulière ici.
Allaitement et grossesse : la règle est plus stricte
Pendant l'allaitement, aucune plante et aucune huile essentielle ne se prennent sans l'avis d'un professionnel de santé. Beaucoup de plantes passent dans le lait, et de nombreuses huiles essentielles sont contre-indiquées. Cela vaut aussi pour les tisanes « spécial jeune maman » vendues toutes prêtes. Et l'iode ne se supplémente jamais à l'aveugle : les besoins augmentent pendant l'allaitement, ce qui rend d'autant plus important de faire doser plutôt que de deviner.
Hors allaitement, et avec l'accord de ton médecin, les adaptogènes ont leur place sur la fatigue de fond : le maca, décrit pour son effet anti-fatigue rapide, l'ashwagandha sur l'axe du stress, la schisandra sur le foie et le cortisol. Les calmantes, valériane, camomille, passiflore, tilleul, travaillent le sommeil et la nervosité.
Ce que je vois en consultation
Des femmes qui arrivent un an après leur accouchement en s'excusant presque de venir, persuadées d'être simplement « mauvaises en récupération ». Beaucoup n'ont jamais eu de prise de sang depuis la maternité. Quand on regarde enfin, il manque très souvent du fer, parfois de la vitamine D, et parfois la thyroïde s'en mêle. Aucune de ces femmes n'était mauvaise en quoi que ce soit.
Quand consulter, et ce qu'on travaille en parallèle
Seule une prise de sang dit ce qui se passe.
Demande un dosage de la TSH si ta fatigue s'aggrave au lieu de s'améliorer, si tu as vécu une phase de nervosité avec palpitations et perte de poids suivie d'un effondrement, ou si tu as des anticorps connus.
Consulte sans attendre devant des palpitations avec douleur dans la poitrine ou malaise, une perte de poids rapide et importante, ou une boule dans le cou.
Et si ton moral est très bas, parles-en sans tarder à ton médecin ou à ta sage-femme, quelle qu'en soit la cause. La dépression du post-partum se soigne, et elle n'a rien à voir avec un manque de volonté.
Le bilan et le traitement appartiennent à ton médecin. Les cofacteurs, la digestion et la récupération se travaillent à côté, et ils font une vraie différence sur l'énergie au quotidien.
Une fatigue qui ne ressemble plus à de la fatigue de jeune maman ? On regarde ensemble ce qui a été dosé, tes réserves et ton assiette, avec ton suivi médical.
Prendre rendez-vousQuestions fréquentes
Ce qu'on me demande dans l'année qui suit un accouchement.
Comment savoir si c'est ma thyroïde ou juste la fatigue du post-partum ?
Honnêtement, tu ne peux pas le savoir sans prise de sang, et c'est justement pour ça qu'il faut la demander plutôt que de trancher toi-même. Deux éléments doivent quand même te mettre la puce à l'oreille. Une fatigue qui s'aggrave au fil des mois alors que le bébé dort mieux : la fatigue ordinaire suit la trajectoire inverse. Et une succession de périodes contradictoires, des semaines de nervosité avec perte de poids, puis des semaines d'épuisement avec prise de poids. Ce profil en deux temps est très évocateur d'une thyroïdite du post-partum, et il justifie un dosage de la TSH.
Cette thyroïdite est-elle définitive ?
Chez une majorité de femmes, la fonction revient à la normale dans l'année, ce qui est rassurant. Une partie garde toutefois une hypothyroïdie définitive et aura besoin d'un traitement, qui est simple et efficace. C'est précisément pour cette raison qu'il vaut la peine de la repérer : sans diagnostic, une femme peut rester des années avec une hypothyroïdie non traitée, en mettant sa fatigue sur le compte de la maternité. Un contrôle de la TSH à distance, quelques mois après l'épisode, permet de savoir où tu en es. Demande-le, même si tu te sens mieux. Note la date de ton accouchement sur le compte rendu : le moment où survient le déréglage fait partie des éléments qui orientent le diagnostic.
Puis-je allaiter si ma thyroïde se dérègle ?
Dans la très grande majorité des cas, oui, et cette question se pose à ton médecin plutôt qu'à internet. Un traitement hormonal substitutif est compatible avec l'allaitement, puisqu'il remplace simplement ce que ton corps produisait. Pour la phase d'emballement, la conduite dépend de son intensité et des traitements envisagés, et certains sont compatibles. Ce qui demande plus de vigilance, ce sont les plantes, les huiles essentielles et les compléments pris de sa propre initiative, qui passent dans le lait et dont beaucoup sont contre-indiqués. Signale tout ce que tu prends. Et si tu as dû interrompre l'allaitement pour une raison médicale, sache que ce n'est pas une faute. C'est une décision prise avec un professionnel.
Le lien avec la chute de cheveux du post-partum est-il clair ?
Il est trompeur, parce que les deux existent et peuvent se cumuler. La chute classique du post-partum survient en général deux à quatre mois après l'accouchement, elle est massive, et elle se résout spontanément en quelques mois. Une chute liée à la thyroïde s'installe plus progressivement, s'accompagne d'un changement de texture, de cheveux secs et cassants, et souvent d'ongles striés et d'une peau sèche. La carence en fer, très fréquente après un accouchement, donne exactement le même tableau. Le sujet est développé sur la page ongles, cheveux et peau. Photographie ta brosse une fois par semaine pendant un mois. Ça paraît étrange, et c'est bien plus parlant qu'un souvenir en consultation.
Que faire si j'ai des anticorps et que je veux un autre enfant ?
Parles-en avant la conception plutôt qu'après, c'est le meilleur conseil que je puisse te donner. Des anticorps connus augmentent le risque de thyroïdite du post-partum, et ils justifient un suivi thyroïdien rapproché pendant la grossesse, parce que le bébé dépend entièrement des hormones maternelles au premier trimestre. Un antécédent de thyroïdite lors d'une grossesse précédente augmente aussi le risque de récidive. Ce sont des informations que ton médecin doit avoir en main dès le projet. Le lien complet est développé sur la page qui traite la thyroïde avant et pendant la grossesse. Demande aussi que ta TSH soit contrôlée en début de grossesse suivante, sans attendre que des symptômes apparaissent.
Puis-je prendre des compléments pour ma fatigue ?
Pas à l'aveugle, et particulièrement pas pendant l'allaitement. Le bon ordre consiste à faire doser d'abord : ferritine, vitamine D, B12, TSH. Ces quatre éléments expliquent l'immense majorité des fatigues du post-partum, et ils se corrigent une fois identifiés. Le fer en particulier ne se prend jamais sans dosage, parce qu'il est toxique en excès. L'iode mérite la même prudence, alors même que les besoins augmentent pendant l'allaitement : c'est une raison de le faire évaluer, plutôt qu'une autorisation à se supplémenter seule. Ton médecin peut prescrire tout cela facilement. Et prends le réflexe de dire à ton médecin tout ce que tu prends, y compris les tisanes d'allaitement vendues en pharmacie.
Le stress et le manque de sommeil aggravent-ils la situation ?
Ils pèsent réellement, et le mécanisme est documenté. Un stress prolongé élève le cortisol, qui détourne la conversion de la T4 vers la reverse T3, une forme inactive. L'activité de l'enzyme de conversion est par ailleurs diminuée par le manque de sommeil et par une alimentation trop pauvre ou trop sucrée. Le post-partum réunit malheureusement toutes ces conditions. Je ne te dirai pas de dormir davantage, ce serait absurde. En revanche, protéger ce qui peut l'être, accepter de l'aide, manger suffisamment et à heures à peu près régulières, ce sont des leviers accessibles. Ce qui aide vraiment, c'est de manger à heures à peu près fixes, même mal, plutôt que de sauter des repas en attendant mieux.
En quoi une naturopathe peut-elle m'aider à ce moment-là ?
D'abord en te disant que ta fatigue mérite d'être explorée, ce qu'on ne te dit pas assez. Ensuite en t'aidant à obtenir les bons dosages et à préparer ta consultation, parce qu'une jeune maman a rarement le temps ou l'énergie de batailler pour un bilan. Enfin en travaillant ce qui dépend de toi : reconstituer les réserves par l'assiette, sécuriser les protéines dans des journées hachées, protéger les fragments de sommeil disponibles, et soutenir le moral. Tout cela reste à côté de ton suivi médical, et je te renvoie vers lui dès qu'un signe sort du cadre. Beaucoup de femmes me disent qu'entendre « ta fatigue mérite d'être regardée » a changé leur façon de vivre cette période. Ça compte aussi.
Les sources de cette page
Les mécanismes décrits ici s'appuient sur les références rassemblées ci-dessous.
- Dr Philippe Veroli, Thyroïde, les solutions naturelles, Thierry Souccar Éditions : phases d'hyperthyroïdie transitoire pouvant précéder une hypothyroïdie définitive dans les thyroïdites, présence des anticorps anti-TPO dans 85 % des thyroïdites auto-immunes, rôle du fer, du zinc, du sélénium, de la tyrosine et de la vitamine D, plantes stimulantes de la thyroïde et plantes calmantes.
- Dr Benoît Claeys, En finir avec la thyroïdite de Hashimoto, Thierry Souccar Éditions : rôle du terrain auto-immun et des anticorps antithyroïdiens, impossibilité de la conversion sans zinc, baisse de l'activité de la désiodase D1 sous stress physiologique et émotionnel, danger de l'iode pris à l'aveugle sur terrain auto-immun.
- Michel Pierre et Caroline Gayet, Ma bible des secrets d'herboriste : précautions d'emploi des plantes et des huiles essentielles pendant la grossesse et l'allaitement, richesse en iode du fucus et des laminaires.
- ameli.fr, l'Assurance Maladie : symptômes et circonstances de découverte de l'hypothyroïdie, conduite du dosage de la TSH.
Le détail de mes références est sur la page sources du site.
Pour aller plus loin
Mentions importantes
Médecine et naturopathie travaillent ensemble. Le diagnostic et le traitement appartiennent à ton médecin. Le terrain qui entretient tes symptômes, l'assiette, le sommeil, la digestion, la charge nerveuse, c'est mon domaine, et il pèse autant sur ton quotidien. Rien de ce que tu lis ici n'est un diagnostic. Seule une prise de sang permet de savoir ce qui se passe. Pendant la grossesse et l'allaitement, aucune plante, huile essentielle ou complément ne se prend sans l'avis d'un professionnel de santé, et l'iode ne se supplémente jamais sans dosage. Si ton moral est très bas, parles-en sans attendre à ton médecin ou à ta sage-femme.
Avançons ensemble
Si ta fatigue de jeune maman ne ressemble plus à de la fatigue de jeune maman, on peut en parler. Ensemble, aux côtés de ton suivi médical, on regarde ce qui a été dosé, tes réserves et ton assiette, pour reconstruire ce que le post-partum a vidé.
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